Doge, la vaste illusion budgétaire qu’un économiste avait anticipée

Alan Cole a remporté gros en misant contre l’ex-bureau chargé, sous Donald Trump, d’optimiser l’efficacité de l’administration et de tailler sévèrement dans les dépenses publiques.

Il se décrit lui-même comme « un adulte normal qui lit le Wall Street Journal ». Pas vraiment le profil du parieur compulsif si fréquent aujourd’hui. Et pourtant, Alan Cole, économiste fiscal de 37 ans, a pris il y a quelques mois l’une des décisions financières les plus audacieuses de sa vie.

Il a en effet misé la quasi-totalité de ses économies — 342 195,63 dollars — contre la capacité d’Elon Musk à réduire les dépenses publiques américaines via son Département de l’Efficacité Gouvernementale (Doge).

Le résultat ? Un gain de 128 000 dollars, soit un rendement de 37 % en moins d’un an. Une performance que bien des fonds d’investissement lui envieraient. L’histoire, rapportée le 25 février dernier par le Wall Street Journal (WSJ), illustre le fossé entre la rhétorique flamboyante de la Silicon Valley et les réalités immuables de la bureaucratie fédérale.

L’affaire remonte à l’automne 2024, dans la foulée de la campagne présidentielle américaine. Elon Musk, alors fervent soutien du candidat Donald Trump, promet monts et merveilles : 2 000 milliards de dollars d’économies sur le budget fédéral, une réduction drastique des effectifs administratifs et la fin du gaspillage institutionnel.

Un pari calculé, pas un coup de poker

Le message séduit une frange de l’électorat et enflamme les marchés prédictifs, ces plateformes en plein essor où des millions d’Américains parient désormais sur tout, des résultats électoraux aux performances sportives.

Sur Polymarket et Kalshi, une question s’impose : « Musk réussira-t-il à faire baisser les dépenses fédérales trimestrielles en 2025 en dessous du niveau du quatrième trimestre 2024 ? »

Tandis que les paris sur le « oui » se multiplient, Cole, spécialiste de la fiscalité internationale des entreprises au sein de la Tax Foundation, voit les choses autrement.

Fin connaisseur des rouages du budget fédéral, il sait que les dépenses publiques américaines diminuent rarement. Les forces structurelles qui les tirent à la hausse — vieillissement démographique, inflation, explosion des coûts de santé, charge d’intérêts sur une dette avoisinant 100 % du PIB — ne s’inversent pas en quelques mois, quelle que soit la volonté politique affichée.

Doge, le grand bluff budgétaire

Ce diplômé d’une université de l’Ivy League sait aussi que les deux plus gros postes de dépenses, en l’occurrence la sécurité sociale et l’assurance maladie, sont politiquement intouchables. Miser contre Musk sur ce terrain revenait, selon lui, à acheter « une obligation au rendement d’action ».

Sur Kalshi, il a ainsi pris progressivement plus de 3 % d’un marché prédictif pesant 12 millions de dollars, tout en répartissant le risque sur plusieurs sous-contrats. Son montage assurait qu’il ne perdrait qu’en cas de baisse des dépenses fédérales supérieure à 50 milliards de dollars. Un scénario qu’il jugeait, à raison, hautement improbable.

Le 20 février, le gouvernement américain publie les chiffres définitifs de l’exercice, après résiliations de contrats, fermetures d’agences et vagues de licenciements. Le verdict est sans appel : même le trimestre le plus économe de 2025 dépasse de 66 milliards de dollars le seuil fixé par les contrats d’Alan Cole.

L’économiste avait vu juste sur toute la ligne. Le gouvernement américain fonctionne, comme le résume le Wall Street Journal, « comme une compagnie d’assurances avec une armée », et désormais avec une dette monumentale.

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