
Avec désormais près d’un quart de ses iPhone assemblés en Inde, Apple franchit une étape décisive dans sa stratégie de diversification géographique. Une recomposition industrielle majeure, motivée par une combinaison de facteurs économiques, politiques et logistiques.
Pendant des décennies, la Chine a constitué le centre névralgique de la production d’Apple. C’est là qu’étaient assemblés à la chaîne iPhone, iPad et MacBook, dans d’immenses complexes industriels gérés par des sous-traitants tels que Foxconn ou Pegatron, employant des centaines de milliers d’ouvriers dans des villes-fabriques érigées au service de la marque à la pomme.
Ce modèle, qui a permis à la firme de Cupertino de bâtir l’une des chaînes logistiques les plus efficaces et les plus rentables du monde, est aujourd’hui en train de se fissurer. Lentement mais sûrement, Apple recompose sa carte industrielle de façon durable.
D’après Bloomberg, près d’un quart de la production mondiale d’iPhone est désormais réalisée en Inde. En 2025, environ 55 millions d’unités y ont été assemblées, soit une progression de 53 % par rapport aux 36 millions produites l’année précédente.
L’Inde, nouveau pilier d’une stratégie de survie industrielle
Cette montée en puissance permet au pays de représenter environ 25 % du volume mondial d’iPhone, estimé entre 220 et 230 millions d’appareils par an. Ce redéploiement s’explique par les tensions commerciales et les droits de douane imposés par Washington à de nombreux partenaires, dont Pékin.
Pour Apple, dont le marché américain demeure la principale source de revenus, continuer à dépendre quasi exclusivement des usines chinoises serait, dans ce contexte, un pari risqué. Car chaque iPhone assemblé à Shenzhen et vendu à New York représente désormais un risque tarifaire et diplomatique que les actionnaires ne sont plus disposés à accepter sans réagir.
L’Inde, avec ses coûts de main-d’œuvre compétitifs, son immense réservoir de travailleurs qualifiés et son gouvernement activement courtisé par les multinationales cherchant des alternatives à la Chine, s’est imposée comme une destination naturelle de cette recomposition.
Vietnam et Indonésie en embuscade
La région du Tamil Nadu, au sud du pays, incarne cette transition. Foxconn et Tata Electronics y tournent à plein régime pour alimenter aussi bien le marché local — l’un des plus dynamiques au monde — que les exportations vers l’Europe et les États-Unis.
New Delhi a d’ailleurs mis en place des incitations fiscales substantielles dans le cadre de son programme « Production Linked Incentive » (PLI), conçu sur mesure pour attirer exactement ce type d’investissement industriel à haute valeur ajoutée.
Les observateurs notent toutefois que d’autres économies d’Asie du Sud-Est s’apprêtent à rejoindre cette chaîne de production en cours d’éclatement. Le Vietnam, déjà spécialisé dans les AirPods, les Apple Watch et divers accessoires, semble en bonne voie pour accueillir bientôt l’assemblage d’iPhone ; l’Indonésie pourrait suivre à moyen terme, profitant à son tour de la recomposition régionale.

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