
Le géant du e-commerce serait en négociations avancées pour racheter l’opérateur de télécommunications satellitaires. De quoi sécuriser du spectre fréquentiel, actif devenu rare et stratégique dans la bataille mondiale pour la connectivité directe par satellite.
D’après des informations du Financial Times (FT), corroborées depuis par plusieurs médias américains, Amazon envisagerait de racheter Globalstar, une société spécialisée dans les télécommunications par satellite, dans le cadre d’une opération estimée à près de 9 milliards de dollars.
Les négociations seraient encore en cours, aucun accord définitif n’ayant été conclu. Pourtant, la simple évocation de cette hypothèse a suffi à propulser le titre de Globalstar, en hausse de 15% à plus de 20% lors de la séance prolongée du 1er avril, selon Numerama.
Un signe révélateur de l’intérêt des investisseurs pour cette entreprise, au cœur d’un secteur en pleine effervescence. Ce n’est pas la taille réduite de sa flotte — 48 satellites actifs seulement — qui attire les convoitises. Son véritable atout réside dans la valeur stratégique de ses fréquences, son savoir-faire accumulé et surtout sa technologie de communication directe entre satellite et smartphone, sans passer par un relais externe.
Starlink dans le viseur
Cette technologie, connue sous le nom de direct-to-device, représente comme l’indique Bloomberg, le prochain grand front de la connectivité spatiale. C’est là qu’intervient Starlink, le service de connectivité satellitaire de SpaceX, qui domine actuellement le secteur, fort de ses 10 000 satellites actuellement en orbite.
En comparaison, Amazon avec son service Project Leo – anciennement Kuiper – fait pâle copie avec seulement 200 satellites en orbite. C’est dire que la multinationale de Jeff Bezos accuse un retard structurel considérable dans cette compétition aux enjeux colossaux.
« Le spectre est un actif inépuisable, mais rare, et son offre reste limitée », explique Greg Pendl, analyste aérospatial et défense chez ClearStreet, interrogé par CNBC après l’annonce de la possible transaction.
Le nœud Apple, obstacle majeur à tout rachat total
Reste que Globalstar n’est pas un actif vierge. Il entretient une relation contractuelle étroite avec Apple, qui détient 20% de son capital et finance environ 95% de ses investissements, y compris la future génération de satellites prévue pour 2028.
En contrepartie, l’entreprise de Tim Cook utilise 85 % de la capacité disponible pour alimenter son service d’urgence par satellite, intégré depuis l’iPhone 14. Le dispositif encourage ses clients à renouveler leur appareil pour bénéficier de la fonctionnalité, renforçant ainsi son cycle de ventes. Les 15% restants de la capacité sont commercialisés par Globalstar auprès d’autres partenaires.
Cette dépendance mutuelle représente le principal casse-tête d’une acquisition. « La relation Apple va compliquer les choses », prévient Greg Pendl. Difficile en effet d’imaginer la firme de Cupertino accepter sereinement qu’un concurrent direct — Amazon étant aussi un distributeur de produits électroniques grand public — prenne le contrôle de l’infrastructure satellitaire sur laquelle repose l’une de ses fonctionnalités phares.

Laissez un commentaire