La France, c’était mieux avant

Le PIB par habitant français est passé sous la moyenne européenne pour la troisième année consécutive. La conséquence de multiples facteurs combinés depuis plusieurs décennies.

Selon Antoine Foucher, expert des questions sociales, qui signalait cette évolution le 26 janvier dernier dans Les Échos, le produit intérieur brut (PIB) par habitant en France est désormais inférieur à la moyenne européenne pour la troisième année consécutive en 2024.

Cela traduit un lent recul, à la fois continu, méthodique et presque imperceptible, mais néanmoins bien réel. Certes, si l’on considère la médiane, la France reste légèrement au-dessus de la moyenne du continent. Toutefois, la dynamique générale, elle, ne trompe pas.

La richesse créée par habitant décline relativement à celle des voisins, et ce phénomène s’installe dans la durée. En somme, le pays, longtemps perçu comme l’un des piliers économiques de l’Union européenne, voit peu à peu sa position s’éroder.

Pour saisir l’ampleur du décalage, il suffit de se tourner vers le passé. Il y a un demi-siècle, la France affichait un niveau de prospérité comparable à celui de l’Allemagne. Aujourd’hui, l’écart dépasse les 11%.

Un déclassement marqué

Le Royaume-Uni, malgré les turbulences économiques provoquées par le Brexit, comble progressivement son retard. Depuis 1975, l’écart entre les deux nations s’est réduit de moitié, passant de 12 à 6%. L’Italie et l’Espagne, longtemps moquées sous l’étiquette du « Club Med » — terme désignant les économies du sud de la zone euro perçues comme moins rigoureuses — réduisent, elles aussi, l’écart chaque année un peu plus.

Mais le cas le plus frappant reste celui de la Pologne. Il y a vingt ans à peine, son niveau de vie atteignait à peine 40% de celui de la France. Si les trajectoires actuelles se confirment, les deux pays pourraient afficher une parité d’ici la fin du prochain quinquennat, observe Antoine Foucher.

Comment expliquer un tel décrochage ? « Une fois, c’est un accident. Trois fois, c’est une habitude », tranche le commentateur Olivier Babo sur Europe 1. Cette situation résulte d’une accumulation de renoncements face à des défis identifiés depuis des décennies.

La France supporte l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés au monde, des dépenses publiques structurellement incontrôlées, un travail excessivement fiscalisé et un capital souvent diabolisé dans le débat national.

Le piège de la pente douce

À cela s’ajoute une dégradation alarmante du capital humain. Dans les classements internationaux de compétences, la France est passée de la 13e à la 26e place. Former, qualifier, élever le niveau des travailleurs de demain n’a manifestement pas été la priorité des dernières décennies.

Sur le plan de l’emploi, le constat est sans appel : les Français figurent parmi ceux qui travaillent le moins longtemps sur l’ensemble d’une vie active. En cumulé, un travailleur français exerce plusieurs années de moins qu’un Allemand ou qu’un Néerlandais.

Or, moins d’années travaillées signifient mécaniquement moins de richesse produite, donc moins à redistribuer. Un coup dur pour le modèle social dont la France reste si fière. Le vrai danger serait de sous-estimer les conséquences de ce lent glissement.

Europe 1 illustre la situation par la métaphore de la grenouille plongée dans une eau froide que l’on chauffe progressivement : elle ne perçoit pas la montée du danger, s’acclimate à chaque degré, et finit par périr sans avoir tenté de fuir.

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