
Greg Abel a dirigé sa première assemblée générale à Omaha avec une approche résolument technique, décontenançant une partie du public venu chercher l’ambiance festive de l’ère Buffett-Munger.
C’est sous une banderole célébrant les 60 années de Warren Buffett à la tête de Berkshire Hathaway que Greg Abel a ouvert, samedi 2 mai, son premier grand rendez‑vous avec les actionnaires.
À 63 ans, le nouveau directeur général du conglomérat américain a lancé l’assemblée annuelle d’Omaha dans un contexte particulièrement scruté, son prédécesseur – resté président du conseil d’administration – étant installé au premier rang parmi les membres du board.
Difficile de savoir si Buffett a savouré l’instant, mais le changement de ton n’a pas tardé à se faire sentir, comme le rapporte Bloomberg dans son compte rendu de ce grand raout des investisseurs de Berkshire Hathaway.
Là où Buffett excellait dans les anecdotes savoureuses et les métaphores accessibles, Abel est entré d’emblée dans le détail opérationnel des différentes filiales du groupe. Pour les observateurs avertis, cette nouvelle approche plus technique n’avait rien de déplaisant.
L’assurance, colonne vertébrale d’un empire
« C’était presque comme une conférence téléphonique d’entreprise, ce qui aurait été formidable sur une base régulière« , souligne l’analyste Matthew Palazola de Bloomberg Intelligence. Cette ligne de conduite reflète le poids central de l’assurance dans l’ensemble Berkshire. Le segment représente environ 30% des bénéfices et constitue le cœur du modèle économique.
Le portefeuille comprend Geico, géant de l’assurance automobile aux États‑Unis, ainsi que d’importantes activités de réassurance à l’échelle mondiale. Mais au‑delà des profits, c’est le « float » généré par ces activités – ces milliards de dollars de primes encaissées que Berkshire peut investir avant de payer les sinistres – qui fait la singularité du groupe.
« Si nous souscrivons avec un profit, nous obtenons essentiellement cet argent gratuitement« , expliquait d’ailleurs Warren Buffett régulièrement. Autrement dit, Berkshire dispose d’un capital à coût négatif pour financer ses investissements dans des dizaines d’autres entreprises, des chemins de fer aux réseaux de magasins en passant par des participations majeures dans Apple ou Coca‑Cola.
Dividendes et rachats d’actions, la ligne Buffett maintenue
Cette architecture s’inscrit dans un contexte où Berkshire Hathaway accumule une trésorerie nette proche de 400 milliards de dollars, un niveau inédit même pour un conglomérat de cette taille.
Malgré cette montagne de liquidités, les rachats d’actions ont récemment surpris par leur modestie. En mars, le groupe n’a racheté qu’environ 200 millions de dollars de ses propres titres,
Sur la question sensible des dividendes, Greg Abel semble déterminé à maintenir la doctrine établie par son prédécesseur. Le « sage d’Omaha » a toujours refusé de verser un coupon aux actionnaires, préférant réinvestir les bénéfices ou procéder à des rachats lorsque le prix lui paraissait attractif.
Paradoxalement, il adorait investir dans des entreprises qui, elles, versaient généreusement des dividendes à leurs actionnaires. Certains observateurs jugent néanmoins qu’en l’absence de Buffett à la présidence, un dividende symbolique pourrait un jour voir le jour, notamment pour élargir la base d’investisseurs institutionnels friands de revenus réguliers.

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