
Le groupe canadien, longtemps associé au déclin du téléphone physique, enregistre une forte dynamique boursière portée par ses logiciels critiques pour l’automobile et l’industrie.
La renaissance de BlackBerry ne ressemble à aucune autre. Loin des claviers QWERTY qui ont fait sa renommée dans les années 2000, l’entreprise canadienne s’est réinventée autour d’une technologie discrète mais largement déployée : QNX.
Il s’agit d’un système d’exploitation embarqué qui équipe aujourd’hui près de 275 millions de véhicules à travers le monde. Sur cette base, le groupe ambitionne désormais de s’imposer comme un acteur clé de l’infrastructure de l’intelligence artificielle, à mesure que voitures connectées, robots industriels et dispositifs médicaux gagnent en complexité et en interconnexion.
« Nous constatons que de plus en plus de nos clients QNX se tournent vers les véhicules de nouvelle génération définis par logiciel. Ils travaillent en étroite collaboration avec nous pour déployer notre plateforme à tous les niveaux afin de les aider à répondre à ces besoins; nous observons donc une demande réellement très soutenue », a déclaré le PDG, John Giamatteo, à Reuters cette semaine, à la suite de résultats en forte progression.
QNX, de l’automobile à l’IA embarquée
La division QNX, spécialisée dans les systèmes d’exploitation pour environnements critiques — notamment dans l’automobile —, a enregistré un chiffre d’affaires en hausse d’environ 26%, à 72,3 millions de dollars, au premier trimestre clos le 31 mai.
Mais c’est au-delà du secteur automobile que la croissance se révèle la plus dynamique. John Giamatteo a indiqué à Bloomberg que le segment dit « embedded général » — incluant la robotique, les équipements médicaux et l’automatisation industrielle — constitue désormais le principal moteur de progression du groupe.
Ces domaines partagent des exigences communes, allant du déterminisme en temps réel, à la sécurité fonctionnelle, sans oublier les certifications réglementaires strictes. Autant de caractéristiques pour lesquelles QNX a été conçu, et qui deviennent cruciales à mesure que les partenaires technologiques de BlackBerry — Nvidia, Qualcomm ou Texas Instruments — augmentent la puissance de calcul des systèmes connectés.
Un modèle logiciel résilient face à l’IA
Dans un contexte où l’essor de l’IA générative est perçu comme une menace pour de nombreux modèles SaaS, John Giamatteo met en avant la spécificité de BlackBerry. Celle-ci repose notamment sur les certifications de sécurité fonctionnelle, en particulier la norme ISO 26262 dans l’automobile, parmi les plus strictes du secteur.
« Un constructeur automobile ne va pas intégrer un logiciel de sécurité critique dans un véhicule à moins qu’il ne réponde à cette norme« , souligne-t-il, ajoutant qu’il est illusoire d’assembler rapidement des solutions open source et des briques d’IA pour les déployer dans des systèmes sensibles.
Sur le plan économique, l’entreprise bénéficie également d’un positionnement favorable. En tant qu’éditeur de logiciels et de services, elle échappe aux tensions qui affectent actuellement les composants matériels — comme la mémoire à haute bande passante ou les processeurs graphiques — et qui poussent certains acteurs à revoir leurs tarifs à la hausse. « Cela nous permet de nous positionner sur des segments à forte marge« , résume le dirigeant.

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