
Selon le dirigeant sortant de la marque à la pomme, la flambée des prix des composants mémoire et stockage contraint le groupe à répercuter ces coûts sur ses clients.
C’est un aveu rare de la part d’un dirigeant qui a bâti sa réputation sur la maîtrise des chaînes d’approvisionnement. Tim Cook, PDG d’Apple, a reconnu dans une interview accordée au Wall Street Journal (WSJ) le 17 juin que des hausses de prix sur les produits de la marque étaient désormais « inévitables ».
En cause : une crise d’approvisionnement en puces mémoire d’une ampleur inédite, alimentée par la demande croissante liée à l’intelligence artificielle. « Je n’ai jamais rien vu de tel en plus de 40 ans de carrière », a déclaré le dirigeant, comparant la situation à une « crue centennale ».
Depuis plusieurs trimestres, le marché mondial de la mémoire est en forte tension. Les trois principaux fabricants — Samsung, SK Hynix et Micron — ont massivement réorienté leur production vers la mémoire à haute bande passante (HBM), destinée aux serveurs d’IA, qui mobilise trois à quatre fois plus de capacité de gravure par bit que la DRAM utilisée dans les smartphones.
Une situation devenue intenable
Le stockage NAND, de son côté, joue le rôle de mémoire permanente. Il conserve photos, vidéos et applications, même lorsque l’appareil est éteint. Ainsi, lorsqu’un smartphone affiche 256 Go de stockage ou 8 Go de RAM, il s’agit de deux composants distincts.
Conséquence : Apple se retrouve à négocier dans des conditions bien moins favorables, sans le levier qui lui permettait auparavant d’obtenir des tarifs avantageux. Selon le cabinet TechInsights, cité par le WSJ, le coût des composants mémoire et stockage intégrés dans l’iPhone 17 Pro s’élevait à environ 50 dollars.
Pour l’iPhone 18 Pro, attendu prochainement, cette facture pourrait atteindre 200 dollars, soit un quadruplement en une seule génération. Une évolution d’autant plus sensible que, pour Apple, le stockage n’a jamais été un simple poste de coût répercuté sur le client.
Un choc systémique bien au-delà d’Apple
Depuis deux décennies, l’augmentation des capacités de stockage — passer de 128 à 256 Go, ou de 512 Go à 1 To — constitue un levier de rentabilité majeur pour le groupe de Cupertino.
Ce modèle repose sur des marges élevées à chaque montée en gamme. La hausse du prix des composants affecte donc l’entreprise à double titre : en renchérissant ses coûts de production et en fragilisant l’un de ses principaux moteurs de profit.
Tim Cook n’a pas précisé quels produits seraient concernés, ni l’ampleur ou le calendrier des ajustements. Toutefois, selon des estimations de Morgan Stanley relayées par le Wall Street Journal, une répercussion totale de la hausse des coûts pourrait entraîner une augmentation d’environ 34% sur les smartphones, et jusqu’à 67% sur les ordinateurs.
Plusieurs acteurs du secteur estiment que cette crise dépasse, par son intensité, les tensions commerciales liées aux droits de douane, ainsi que la pénurie de semi-conducteurs qui avait perturbé les chaînes de production en 2021 et 2022 après la pandémie de Covid-19.

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