
Le produit d’épargne réglementée le plus populaire du pays est en perte de vitesse, délaissé par un nombre croissant de Français. Cette décollecte s’explique par l’appétit pour des placements jugés plus avantageux sur le plan financier.
Le Livret A n’est plus aussi intéressant pour les Français. C’est l’un des principaux enseignements du rapport annuel sur l’épargne réglementée 2025, publié le 15 juillet dernier par la Banque de France et décrypté par Le Revenu Media.
Celui-ci révèle que les épargnants ont retiré 4,9 milliards d’euros de leurs comptes depuis le début de l’année en cours. Une situation jamais observée depuis 2011. En cause : un taux de rémunération actuellement plafonné à 1,5%, conséquence de plusieurs baisses consécutives après le pic inflationniste de 3% enregistré à partir de 2023.
Ce niveau résulte de l’application de la formule réglementaire de calcul, qui dépend mécaniquement de deux paramètres économiques : l’inflation et les taux monétaires de court terme. Elle aurait d’ailleurs dû aboutir à un taux d’environ 1,4%.
Mais face à une conjoncture défavorable, le gouvernement a choisi d’accorder un léger coup de pouce en arrondissant le taux à 1,5%, afin de ne pas pénaliser trop fortement les épargnants. Il a toutefois souligné que cette rémunération restait « significativement supérieure à l’inflation ».
Le plébiscite des comptes à terme et de l’assurance vie
Selon les données de la Banque de France, une partie des fonds retirés a alimenté les comptes à terme, des produits bancaires qui offrent temporairement des rendements compris entre 2 et 3,5%, selon les établissements.
Une autre part s’est dirigée vers les fonds en euros de l’assurance vie, dont la collecte a progressé de 8% au premier semestre 2026. Enfin, une fraction des sommes a été placée sur les marchés actions, mais de façon marginale. En effet, moins de 7% des ménages français détiennent des actions en direct, selon l’Autorité des marchés financiers (AMF).
Le constat du rapport est assez net : les Français épargnent massivement, avec un taux d’épargne des ménages estimé à 17,8% du revenu disponible brut en 2026, contre 15% avant la crise du Covid. Mais ils privilégient des produits défensifs et peu rémunérateurs.
Un relèvement qui ne règle pas grand-chose
Parallèlement, l’écart entre l’épargne populaire et celle des grandes fortunes se creuse structurellement. Le magazine Challenges indique que les 200 premières fortunes françaises ont vu leur patrimoine progresser de 8% en 2025.
Cela illustre la différence d’accès aux placements et aux moteurs de valorisation du patrimoine. Le taux du Livret A est toutefois passé à 1,7% le 1er août, conformément à la recommandation du gouverneur de la Banque de France.
Cette revalorisation est cependant jugée insuffisante par l’organisation Que Choisir pour enrayer la décollecte. En cause : une inflation attendue entre 2% et 2,5% sur l’ensemble de l’année 2026, voire 4% si la crise dans le détroit d’Ormuz s’éternise. « Si ce scénario du pire se réalise, même le Livret d’épargne populaire ne jouera plus son rôle d’amortisseur de l’inflation », écrit-elle.

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