En Argentine, le crédit « facile » se referme sur les ménages

Confrontés à la cherté du coût de la vie et à un environnement de crédit bien plus favorable que par le passé, de nombreux ménages argentins s’en remettent à l’endettement. Au risque de ne plus pouvoir supporter ce fardeau.

L’histoire rapportée par le Financial Times illustre l’extrême difficulté du quotidien de nombreux Argentins. Elle concerne Juan Anton Veron, chauffeur Uber de 41 ans vivant à La Plata, qui a contracté, début 2025, un prêt bancaire d’environ 1 300 dollars pour réparer sa voiture.

Après avoir manqué plusieurs échéances de remboursement, il a dû emprunter 330 dollars supplémentaires auprès d’un prêteur informel, cette fois à la suite d’un pneu crevé. Résultat : ses dettes dépassent désormais 11 000 dollars.

« C’est énorme, mais je n’avais pas d’autre choix », explique celui qui doit également de l’argent à sa sœur, à son ex-épouse et à son opérateur de téléphonie mobile. Autant dire que son existence est perclue de dettes. Ce cas est pourtant loin d’être isolé.

Face à une vie de plus en plus chère — alors que les salaires stagnent ou progressent très lentement — et encouragés par l’accessibilité de ces services, notamment grâce au recul de l’inflation, de nombreux Argentins ont recours au crédit dans l’espoir de joindre les deux bouts.

Des taux qui flambent

Outre les banques, les fintechs — dont le nombre a été multiplié par 20 en sept ans, selon une organisation professionnelle du secteur citée par Reuters — représentent les principaux moteurs de cette dynamique.

Problème : les taux d’intérêt sont très élevés, parfois supérieurs à 100% par an, selon le constat de l’agence de presse. Beaucoup se retrouvent ainsi dans l’incapacité de rembourser leurs prêts, embourbés dans une spirale d’endettement.

Près de six millions de personnes — soit environ un tiers des emprunteurs — accusent ainsi un retard de plus de 90 jours dans leurs remboursements, selon la Chambre argentine de la fintech, citée par l’agence de presse britannique.

« Beaucoup n’ont pas l’argent », affirme à Reuters Quintero, un livreur de repas à Buenos Aires. Dans la capitale, le sujet de l’endettement s’est cristallisé le mois dernier lors d’une manifestation populaire.

Un enjeu électoral

L’opposition péroniste de gauche, jusque-là fragmentée, s’est unie autour de cette question. Ses dirigeants accusent régulièrement le président Javier Milei de contraindre les Argentins à s’endetter pour survivre.

« Les chiffres ne montrent pas une situation de crise et les retards de paiement tendent à diminuer », a réagi la présidence, semblant s’enfermer dans le déni.

Les analystes mettent pourtant en garde contre un entêtement potentiellement préjudiciable à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. « Un compte extérieur plus solide ne lui garantira pas le succès dans la campagne si l’endettement des ménages, la faiblesse de la consommation et la précarité de l’emploi continuent de définir le quotidien », tranche Mariano Machado, du cabinet de conseil en risques Verisk Maplecroft, interrogé par Reuters.

« Il y a une croissance économique, mais les gens ne la ressentent pas. Beaucoup traversent une période difficile », souligne pour sa part Nery Persichini, directeur de la recherche chez le courtier GMMA Capital.

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