
Plusieurs filiales russes d’entreprises tricolores passent temporairement sous le contrôle de Moscou, à l’initiative du Kremlin. Au grand dam de Paris, qui enjoint les autorités russes de revenir sur leur décision.
Une prise de contrôle ? Une nationalisation ? La mesure prise par le président russe Vladimir Poutine, jeudi 17 septembre, par décret, ressemble à tout cela à la fois. Elle place en effet plusieurs groupes occidentaux opérant dans le pays sous la tutelle d’une nouvelle entité baptisée L.E.V. Management.
Fondée fin 2025, cette entreprise, dont les propriétaires sont — selon le média russe d’investigation Novaïa Gazeta Europa — « inconnus » et qui ne compterait qu’un seul employé, est dirigée par Andreï Kraiouchkine, un général du ministère russe de l’Intérieur.
Au nombre de 16, les sociétés visées sont principalement suisses et françaises. C’est le cas de Nestlé, qui revendique, d’après LCI, 7 000 employés en Russie, six usines et environ 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le pays en 2023.
S’y ajoutent Auchan, avec 300 salariés sur le sol russe, 230 magasins et 2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier ; ainsi que Lemana Pro, ex-Leroy Merlin, qui compte 45 000 employés et a réalisé 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
La plus grande « confiscation » d’actifs étrangers en Russie
Les trois filiales du groupe français FM Logistic, qui compte plus de 3 000 salariés en Russie et a enregistré 311 millions d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière, sont également concernées. De quoi les priver de leur outil de travail dans le pays.
Moscou met ainsi la main sur les bâtiments, les machines et le mobilier de ces entreprises, mais aussi sur les licences, les logiciels, les marchandises, les créances et, plus largement, leur trésorerie. Il revient désormais à la Russie de choisir les dirigeants, les investissements et la stratégie de ces groupes.
À en croire les estimations de la presse russe citées par LCI, les actifs concernés pèseraient 5 milliards d’euros. Ce qui ferait de cette opération la plus grande « confiscation » d’actifs étrangers en Russie depuis 2024, selon Bloomberg.
Si le décret évoque un transfert « temporaire », quelques précédents incitent à peu d’optimisme. À l’image de Glavprodukt. Premier fabricant de conserves alimentaires de Russie, fondé par un Américain, il a été placé sous contrôle temporaire de l’État russe en 2024, avant d’être nationalisé quelques mois plus tard.
Des pays « inamicaux »
Il en est de même pour Danone, dont les actifs de la filiale russe avaient été saisis en 2023, puis cédés à un proche du président tchétchène Ramzan Kadyrov. « L’expérience montre qu’il s’agit généralement d’une étape transitoire avant la vente », affirme l’un des associés d’un cabinet d’avocats russes spécialisés, interrogé par le quotidien économique Kommersant.
« Bien entendu, l’un des facteurs qui a été pris en compte pour cette décision est le fait qu’il s’agit de pays inamicaux. Des pays inamicaux qui sont actuellement impliqués de la manière la plus active possible dans des actions militaires contre notre pays, et qui ont pris part aux frappes menées par le régime de Kiev contre nos infrastructures civiles et économiques », indique le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
Difficile de voir, pour l’heure, comment les groupes ciblés pourront faire infléchir cette mesure. La France appelle, en tout cas, les autorités russes à revenir sur leur décision, tout en dénonçant une « mise sous administration provisoire sans justification ».

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