Michal Strnad à l’assaut de l’empire Del Vecchio

Le milliardaire tchèque a manifesté son intérêt pour Delfin, la holding détentrice de plusieurs participations de la célèbre famille italienne. Un nouveau test pour des héritiers en pleine guerre de succession.

Quel avenir pour l’empire Del Vecchio ? La question, au centre de l’attention depuis la mort du patriarche Leonardo il y a quatre ans, prend une nouvelle dimension avec l’offensive de Michal Strnad.

Selon Reuters, qui confirme une information du journal italien Il Domani, le milliardaire tchèque de 34 ans, héritier du groupe familial Czechoslovak Group (CSG), spécialisé dans l’armement, a transmis une offre d’acquisition de 30 milliards d’euros pour Delfin.

Cette holding patrimoniale de la famille Del Vecchio détient 32,4% du géant des lunettes EssilorLuxottica, mais également des participations dans l’assureur Generali ainsi que dans les banques UniCredit et Banca Monte dei Paschi di Siena.

La valeur globale de ce portefeuille est estimée, d’après l’agence de presse, à 43 milliards d’euros, dont 23 milliards pour la seule EssilorLuxottica. L’offre, transmise via une lettre d’intention le 20 octobre dernier, valorise la holding avec une décote d’environ 30% par rapport à la valeur nette de ses actifs.

« Une position de premier plan »

« Je recherche des possibilités d’investissement à long terme dans des entreprises qui exercent leurs activités, ou investissent, dans des secteurs où elles occupent une position de premier plan dans leur chaîne de valeur. Delfin correspond parfaitement à mon approche et à ma stratégie d’investissement », argue Strnad dans ce document rapporté par Il Domani.

Cette acquisition s’inscrirait dans la lignée des investissements récemment réalisés par Czechoslovak Group. L’introduction en Bourse du groupe — marquée par une cession minoritaire — aurait en effet rapporté entre 2 et 2,5 milliards d’euros à Strnad.

De quoi lui permettre de racheter 14% de Pirelli et d’effectuer divers placements immobiliers. Le fils de Jaroslav Strnad mène parallèlement des projets à Prague et en Pologne.

Le financement de l’acquisition de Delfin nécessiterait donc probablement un recours à l’endettement. Les actions CSG, dont le flottant avoisine 10%, pourraient garantir 3 à 5 milliards d’euros de prêts. Les banques seraient susceptibles d’en prêter 12 à 15 milliards supplémentaires contre les actifs de la holding.

Une famille sous tension

Il manquerait encore près de 10 milliards d’euros, une somme que Strnad pourrait réunir en montant une nouvelle structure avec des partenaires tchèques comme J&T, Tkáč ou Penta, avec lesquels il a déjà travaillé. La mobilisation des fonds ne serait toutefois que l’étape la plus facile.

Le plus gros du boulot serait de convaincre les huit héritiers aujourd’hui propriétaires de Delfin, à hauteur de 12,5% chacun, conformément au partage prévu par Leonardo Del Vecchio. Car la gouvernance du groupe fait depuis l’objet d’âpres batailles entre ses ayants droit.

L’un des enfants, Leonardo Maria Del Vecchio, a d’ores et déjà signifié son refus de toute vente, déclarant dans un communiqué cité par Reuters que « l’œuvre de toute une vie de mon père doit rester dans le patrimoine italien ».

Michal Strnad devrait, lui, viser le contrôle total ou, à défaut, l’acquisition d’au moins 62,5% du capital. Cela supposerait de réunir cinq participations. Autrement dit, de convaincre cinq des huit héritiers de lui vendre leurs parts. Les jeux sont ouverts.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.