
Ce néologisme, apparu dans un contexte de flambée des prix des œufs, traduit le paradoxe d’un pays où ce produit très consommé est habituellement abondant.
Que faire face à un produit à la fois aussi prisé et devenu si coûteux ? Tel est le dilemme auquel sont confrontés les ménages chinois depuis plusieurs mois à propos des œufs.
Cette denrée, parmi les plus consommées du pays — la Chine en absorbe 21,8 kg par habitant et par an selon la FAO — est en effet touchée par une envolée spectaculaire des prix. Ceux-ci ont bondi de plus de 40% en un an, tandis que les tarifs de gros ont atteint leur plus haut niveau depuis une décennie, selon un indice cité par le New York Times (NYT).
« Ma première réaction a été : “Oh mon Dieu, pourquoi est-ce si cher ?” Alors j’ai arrêté d’en acheter, pensant attendre que le prix baisse », raconte Harriet Hua, qui se procure habituellement un plateau de 30 œufs chaque mois, dans les colonnes du NYT.
« Le prix n’a jamais baissé », poursuit cette habitante de la province méridionale du Guangdong, dans le sud de la Chine, qui a finalement dû s’en procurer après six mois d’attente.
De la surproduction à la pénurie
« Peu importe à quel point les œufs deviennent chers, il faut bien en manger. Les prix augmentent, mais on ne peut pas renoncer aux protéines », affirme de son côté Hellen Zhang, qui en consomme jusqu’à sept par jour avec son compagnon, toujours citée par le New York Times.
Cette dépense représente pourtant près d’un dixième de leur budget alimentaire mensuel. La situation actuelle découle d’un spectaculaire retournement de tendance. L’an dernier, après plusieurs saisons de rendements élevés, les éleveurs chinois avaient accru leurs élevages de poules pondeuses, misant sur des profits en hausse.
Mais la demande n’a pas suivi cette expansion de l’offre, entraînant un excédent massif sur le marché et un effondrement des prix. Pour de nombreux producteurs, la vente d’œufs n’était alors plus viable.
Nombre d’entre eux ont réagi en réduisant drastiquement la taille de leurs élevages, abattant une partie importante de leurs poules pondeuses afin de limiter les pertes.
Un révélateur des fragilités de l’économie chinoise
Cette stratégie de court terme a toutefois engendré un nouveau déséquilibre. Lorsque la demande est repartie à la hausse plus tôt cette année, l’offre s’est révélée insuffisante pour y répondre.
Le marché est ainsi passé d’un excès à l’autre en quelques mois. À cette contraction de la production s’est ajoutée une augmentation généralisée des coûts, liée notamment au conflit en Asie de l’Ouest, qui a renchéri les prix mondiaux de l’énergie.
Cette crise s’inscrit dans un contexte économique déjà fragile. La croissance chinoise s’est établie à 4,3% au deuxième trimestre, son niveau le plus bas depuis plus de trois ans. Si les exportations ont progressé de 27% sur un an en juin, la demande intérieure, elle, demeure atone.
La crise de l’immobilier a érodé le patrimoine de nombreuses familles qui considéraient leur logement comme leur principal investissement, tandis que les jeunes actifs peinent de plus en plus à trouver un emploi stable.

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