France : Climloc, la clim hors de prix qui fait polémique

La jeune pousse spécialisée dans la location de climatiseurs est accusée de faire du profit sur le dos de ses clients, alors que la canicule met les organismes à rude épreuve.

Un entrepôt de la région parisienne, des centaines de climatiseurs entassés à perte de vue, prêts à partir vers des foyers suffoquant sous la chaleur. C’est ainsi que l’on pourrait décrire le quotidien de Climloc, un service de location de climatiseurs imaginé au départ par Victor Nihoul et Wesley Wasielewski pour répondre à des besoins ponctuels.

Née d’une panne de climatisation survenue dans l’Ehpad où vivait la grand-mère de l’un des fondateurs, l’idée a d’abord été testée à petite échelle en 2025, avec 70 appareils et un chiffre d’affaires de 48 000 euros sur l’ensemble de l’été.

Un an plus tard, la start-up, officiellement créée en juin 2026, affirme réaliser, dans les colonnes du Parisien, jusqu’à 100 000 euros de commandes par jour lors des pics de canicule, pour un chiffre d’affaires total estimé à 1,5 million d’euros.

Cette croissance s’inscrit dans un contexte de tension inédite sur le marché de la climatisation en France. Le pays a déjà connu trois épisodes caniculaires depuis le début de l’année 2026, et selon l’ADEME, 24% des foyers français étaient équipés d’un climatiseur en 2025, contre 18% seulement en 2023.

Des tarifs qui s’envolent avec la demande

Une pénurie s’est ainsi installée, poussant certains vendeurs à écouler des appareils neufs à des prix jugés exorbitants.

C’est dans cette brèche que Climloc s’est engouffrée, avec un tarif d’appel affiché à 12,50 euros par jour, une livraison possible à domicile et des réductions annoncées pour les étudiants, les entreprises, les futures mamans ou les seniors.

L’entreprise met en avant un argumentaire écologique et solidaire, promettant des livraisons à vélo à Paris et des dons de climatiseurs à des hôpitaux ou à des personnes vulnérables. Reste que ce modèle économique s’accompagne de procédés peu reluisants.

Le premier grief formulé contre la société, au lendemain d’un reportage du Parisien, concerne sa politique tarifaire. Selon des avis publiés sur Trustpilot et des captures d’écran diffusées en ligne, les prix de prolongation peuvent grimper au-delà de 100 euros par jour.

La frontière entre légalité et éthique

Certains utilisateurs constatent ainsi que deux semaines de location reviennent, à elles seules, au prix d’achat d’un climatiseur neuf, sans même compter les frais de livraison et d’installation. En cause : un algorithme de tarification dynamique qui ajuste mécaniquement les prix à la hausse dès que la demande explose.

Le second reproche vise le modèle économique même de la jeune pousse. Un internaute affirme, toujours sur Trustpilot, que Climloc achèterait ses appareils en promotion chez des enseignes de discount, les louerait, puis les retournerait après l’expiration du délai légal de rétractation afin d’être remboursée.

Ce fait, corroboré par d’anciennes vidéos des fondateurs, est démenti par ces derniers, qui assurent reconstituer leur stock via des fournisseurs européens, notamment en Allemagne, en Hongrie et en Espagne. À cela s’ajoutent de nombreuses irrégularités relevées par Libération concernant le statut de l’entreprise.

Sur le fond, la polémique pose une question simple. Alors que la canicule a causé la mort d’environ 1 000 personnes âgées, que les rayons de climatiseurs d’enseignes comme Lidl ont été pris d’assaut au point de nécessiter l’usage de gaz lacrymogènes, et que le gouvernement peine à distribuer suffisamment d’appareils aux hôpitaux, une jeune start-up peut-elle légalement fixer ses prix selon l’offre et la demande sur un produit devenu, en France, presque un bien de première nécessité ?

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